Mercredi 11 janvier 2012 3 11 /01 /Jan /2012 01:36

Un thème alléchant pour ce dernier numéro en date.

Lecture fortement conseillée aux électeurs portés à gauche auxquels tout a été fait pour qu'ils oublient ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas, ce qu'on appelle le gauchisme (la gauche sociétale moderne), maladie infantile du vrai socialisme, entendez la lutte des classes, la vraie gauche historique du XIXème et début XXème siècle).

 

 

 

Communiqué de la Revue Eléments pour le numéro 142:


Veuillez trouver ci-joint, en avant-première, l'éditorial de Robert de
Herte sur le « peuple », la couverture du prochain numéro d'Eléments n°142, qui
sera en kiosque à partir du 13 janvier prochain.

  A tout seigneur, tout honneur : la revue Éléments a ouvert ses
colonnes à Olivier Maulin, le génial romancier deLumières du ciel. L'événement
de ce numéro d'Éléments, ce sont aussi les 5 jeunes plumes talentueuses
qui rejoignent l'équipe : Pierrick Guittaut, Xavier Eman, Jean de Lothier,
Laurent Schang et Jean de Lavaur. Découvrez-les : vous serez conquis ! 
Le dossier central de ce numéro est consacré au «Socialisme contre
la gauche», avec un article d'Alain de Benoist sur l'œuvre de
l'anarchiste conservateur Jean-Claude Michéa, un entretien du jeune sociologue
Gaël Brustier et une étude sur le dernier film de Robert Guédiguian, par Michel
Marmin et Ludovic Maubreuil.
 
Bien cordialement et bonne lecture,
 
 
Pascal Eysseric                    &                 Alain de Benoist
rédacteur en chef                                    éditorialiste


Vous pouvez vous procurer ce numéro de la revue Éléments sur notre site :
http://www.revue-elements.com/elements-Le-Socialisme-contre-la-gauche.html
 
Dans le kiosque le plus près de chez vous sur le site :
http://www.trouverlapresse.com

 
PS 1 : En ce début d'année 2012, les collaborateurs d'Éléments publient.
 
- Alain de Benoist, Au bord du gouffre, éditions Krisis. Disponible sur : 
http://www.revue-elements.com/livres-Au-bord-du-gouffre.html

 
- Pierre Le Vigan, La banlieue contre la ville, éditions La barque d'or.
Disponible sur : http://la-barque-d-or.centerblog.net

 

 

Editorial de Robert de Herte

 

Le mot « peuple » peut avoir deux sens différents, selon qu’on l’envisage

comme un tout (un territoire et l’ensemble des habitants qui
l’occupent, l’ensemble des membres du corps civique) ou comme
une partie de ce tout (les « classes populaires »). Dans la langue française,
le « peuple » a d’abord désigné un ensemble de personnes liées par une
communauté d’origine, d’habitat, de coutumes et d’institutions. C’est le
sens que le terme revêt lorsqu’il apparaît au IXe siècle, notamment dans les
Serments de Strasbourg (842). Mais la seconde acception s’est répandue
très vite: le peuple « populaire », par opposition aux élites dominantes, ce
sont les « petites gens », les « gens de peu », ce « menu peuple », comme
on disait au XVIIIe siècle, dont la définition ne se réduit nullement à une
simple dimension économique (contrairement aux « déshérités » ou aux
« plus démunis »).
Cette ambivalence est extrêmement ancienne. Elle remonte à la Grèce archaïque,
le mot dèmos étant lui-même déjà attesté dans le syllabaire mycénien
(da-mo). A l’origine, le dèmos représente une façon de penser la
communauté en rapport étroit au territoire qui est le sien et sur lequel
s’exerce l’autorité de ses dirigeants (d’où le « dème », circonscription territoriale
et administrative). Cette dimension territoriale du dèmos est directement
liée à sa dimension politique. Déjà dans les textes homériques, le
dèmos ne se confond nullement avec l’ethnos. Il se distingue aussi du laos,
qui se rapporte plutôt à un groupe d’hommes placés sous l’autorité d’un
chef. A Sparte, c’est à travers la notion de dèmos que se met en place l’idéal
du citoyen-soldat. A Athènes, le dèmos se rapporte à l’ensemble des citoyens,
c’est-à-dire à la communauté politique formant l’élément humain
de la polis. En tant que sujet de l’action collective, c’est lui qui crée l’espace
commun à partir duquel peut se développer une existence sociale proprement
politique.
A partir du Ve siècle av. notre ère, le terme dèmos désigne aussi la démocratie,
prenant du même coup une résonance péjorative chez ceux qui stigmatisent
l’exercice du kratos par le dèmos. Mais il désigne aussi un « parti
populaire », équivalent de la plebs romaine, dont on trouve déjà trace dans
les textes de Solon.
Le principe de la démocratie n’est pas celui de l’égalité naturelle des
hommes entre eux, mais celui de l’égalité politique de tous les citoyens. La
« compétence » à participer à la vie publique n’a pas d’autre source que le
fait d’être citoyen. « Nous ne naissons pas égaux, écrit Hannah Arendt,
nous devenons égaux en tant que membres d’un groupe, en vertu de notre
décision de nous garantir mutuellement des droits égaux ». Le peuple, en
démocratie, n’exprime pas par son vote des propositions qui seraient plus
« vraies » que d’autres. Il fait savoir où vont ses préférences et s’il soutient
ou désavoue ses dirigeants. Comme l’écrit très justement Antoine Chollet,
« dans une démocratie, le peuple n’a ni tort ni raison, mais il décide ». C’est
le fondement même de la légitimité démocratique. C’est bien pourquoi la
question de savoir qui est citoyen – et qui ne l’est pas – est la question fondatrice
de toute pratique démocratique. Pareillement, la définition démocratique
de la liberté n’est pas l’absence de contrainte, comme dans la
doctrine libérale ou chez Hobbes (« the absence of externall impediment »,
lit-on dans le Leviathan, 14), mais s’identifie à la possibilité pour chacun
de participer à la définition collective des contraintes sociales. Les libertés,
toujours concrètes, s’appliquent à des domaines spécifiques et des situations
particulières.
Un peuple a beau être composé d’une multitude de singularités, il n’en
forme pas moins un tout, et ce tout a des qualités spécifiques indépendantes
de celles que l’on retrouve chez les individus qui le composent. C’est
parce que le peuple forme un tout que le bien commun ne s’identifie pas à
un « intérêt général » qui ne serait qu’une simple somme d’intérêts individuels.
Le bien commun est irréductible à tout partage. Il n’est pas redevable
d’une définition morale, mais d’une définition politique.
Il y a dans tout gouvernement représentatif une évidente inflexion antidémocratique,
ce qu’avait bien vu Rousseau (« A l’instant qu’un peuple se
donne des représentants, il n’est plus libre; il n’est plus », Contrat social,
III,15). La participation politique y est en effet limitée aux seules consultations
électorales, ce qui signifie que le démos ne regroupe plus des acteurs,
mais seulement des électeurs. On y affirme implicitement que le peuple ne
peut pas prendre lui-même la parole, qu’il ne doit pas donner directement
son avis sur les problèmes de l’heure ou sur des décisions qui engagent
son avenir, qu’il y a même des sujets qui doivent être soustraits à son appréciation,
les décisions et les choix devant être exercés par les seuls représentants
qu’il désigne, c’est-à-dire par des élites qui n’ont cessé de trahir
ceux dont elles tenaient le pouvoir, au premier rang desquelles se tiennent
les experts, qui confondent régulièrement les moyens et les fins.
C’est à partir du XVIIIe siècle, au moment où l’on invente la « société »,
que la perception sociale du peuple se transforme. D’un côté, on théorise
l’« âme du peuple » (Volksseele), de l’autre on voit dans le peuple – les
classes populaires – un nouvel acteur social capable de remettre en cause
les anciennes hiérarchies. Au XIXe siècle, la droite conservatrice défend
avant tout le peuple comme totalité – avec un net glissement du dèmos à
l’ethnos –, en même temps qu’elle développe une mystique de l’unité nationale
allant jusqu’à l’« union sacrée », tandis que les socialistes défendent
les classes populaires. Dissociation profondément artificielle, puisque les
« gens du peuple » ont toujours formé la vaste majorité du « peuple ». Le
peuple doit en fait être défendu dans toutes ses dimensions.
L’exemple de la Commune de Paris est à cet égard remarquable, puisque
ce mouvement a cristallisé à la fois une réaction patriotique (la peur d’assister
à l’entrée des troupes prussiennes dans Paris) et une réaction prolétarienne
(la crainte d’une réaction monarchique contre le résultat des
élections de février 1871).
Au cours de ces journées, qui s’achèveront dans le sang, le peuple parisien
insurgé prend le pouvoir. En quelques semaines, il parvient à prolonger les
mots d’ordre par des programmes, à esquisser au-delà des mesures d’urgence
une forme institutionnelle inédite. En matière de représentation, la
Commune élit elle-même ses délégués et proclame la révocabilité des mandats.
Sur le plan social, elle supprime les amendes sur les salaires, prévoit la
gratuité de la justice et l’élection des magistrats. Elle décide aussi la séparation
de l’Église et de l’État, arrête le principe de l’enseignement gratuit et obligatoire,
se prononce même pour le « gouvernement du monde des arts par les
artistes ». L’inspiration générale est celle du fédéralisme proudhonien. L’association
des travailleurs est posée comme le principe de base de l’organisation
de la production. Les Versaillais empêcheront ce programme de se
réaliser. « Le cadavre est à terre, mais l’idée est debout », dira Victor Hugo.
Robert de Herte

 

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Par xefolius
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