L'homme qui rétrécit de Richard Matheson et les réflexions de William Crookes sur l'infiniment petit
Richard Matheson a écrit de nombreux livres de Science Fiction qui ont été adaptés au cinéma. On a eu droit récemment à Je suis une légende, un remake
assez raté du roman du même titre (voir billet du 28 décembre 2007).
L'homme qui rétrécit réalisé en 1957 par Jack Arnold est par contre une belle réussite. Je me dis qu'on a des moyens techniques énormes de nos jours mais que la qualité
des films n'en est pas forcément meilleure. Fidèle au roman, le film montre l'histoire extraordinaire d'un homme qui est contaminé par un nuage radioactif, et qui commence alors a
diminuer de trois millimètres par jours.
1957, on est en période de phobie du nucléaire, 10 ans plus tôt les américains ont mit fin à la guerre avec le Japon en lui balançant sauvagement une bombe A avec son champignon atomique du plus
bel effet, tous les fantasmes sont permis, le nucléaire c'est le grand far-ouest des promesses et de l'inconnu, l'eldorado (ou le pire cauchemar) de la science.
Mais revenons à nos moutons. Le pauvre homme, il rétrécit donc de jour en jour et rien ne semble pouvoir arrêter le terrible processus dont il est victime. Ca commence par des vêtements
qui semblent trop grands, son épouse qui semble grandir alors que c'est lui qui perd ses
centimètres, les meubles qui ne sont plus adaptés à sa taille de lilliputien, le chat qui devient inquiétant, et ça continue comme ça, inexorablement. Le plus terrible c'est que les docteurs ne trouvent pas de remède et Scott Carey commence à se demander jusqu'où ira cet enfer. Accumulant les problèmes: les factures impayées, sa femme qui le traite comme un enfant, les gamins qui l'agressent, les journalistes qui le traquent comme un animal de foire, le voilà finalement enfermé dans la cave sans nourriture, passé pour mort, oublié de tous avec son centimètre et demi!
"Scott Carey contourna l'immense tour blanche du réfrigérateur, qu'on avait rangé là lorsqu'ils avaient emménagé, des mois ou des siècles plus tôt. C'était un réfrigérateur d'un ancien modèle, de forme cylindrique. Posée sur lui, il y avait une boîte de biscuits secs. Autant que pût le savoir Scott, c'était la seule nourriture qui se trouvât encore dans la cave. Il connaissait l'existence de la boîte de biscuits avant même que la cave fût devenue sa grison : c'était lui-même qui l'y avait laissée, un après-midi, il y avait de cela bien longtemps... Non, pas si longtemps, en réalité. Mais sa notion du temps s'était modifiée, elle aussi. Les heures ne sont des heures que pour les êtres normaux, dont la notion du temps est proportionnée à leur taille. Du moins en avait-il l'illusion. Sa taille lui en donnait bien d'autres : l'illusion que ce n'était pas lui qui diminuait, mais le monde qui s'agrandissait, l'illusion que les choses n'étaient ce qu'elles sont censées être qu'aux yeux des hommes de taille normale. Pour lui, quoi qu'il en eût, le brûleur à mazout avait perdu sa fonction naturelle d'appareil de chauffage, pour devenir une tour gigantesque dans les entrailles de laquelle grondait une flamme magique. Le tuyau d'arrosage était en réalité une énorme et paisible vipère endormie, enroulée sur elle-même. Le mur qui dominait le brûleur était la face abrupte d'une montagne, le sable un terrible désert aux collines habitées non par une araignée de la taille d'une noisette mais par un monstre venimeux, presque aussi grand que lui. La réalité était relative : chaque jour qui passait l'en convainquait un peu plus. Dans six jours, lui même cesserait d'en faire partie, non parce qu'il mourrait, mais simplement parce qu'il aurait disparu... Car enfin, que peut signifier le mot « réalité », quand on ne mesure plus rien?"
Scott Carey se demande ce qu'est la réalité quand on ne mesure plus rien? Le héros de Matheson a cru qu'il mourrait quand sa taille tomberait à zéro millimètre. La fin du film est grandiose; après de nombreuses péripéties, Scott Carey malgré son désespoir trouve la force de se débarrasser de la terrible araignée (elle est alors trois fois plus grande que lui) qui lui barrait le passage vers la bouche d'aération, unique issue pour sortir de la cave. En passant au travers de la grille il parvient à sortir. Il se retrouve alors devant le jardin qui est devenu pour lui une jungle aux proportions gigantesques, où de simples brins d'herbes sont des arbes colossaux. Il fait nuit, c'est le printemps et à des millions de kilomètres au dessus de sa tête, le ciel brûle de mille feux étoilés. Les profondeurs de l'espace répondent à celles du monde microscopique vers lequel il est destiné. Il est donné à Scott Carey d'être le seul homme véritablement en face du mystère de l'infiniment grand et de l'infiniment petit, au coeur des interrogations métaphysiques de l'être humain devant la création.
Dans les Annales des sciences psychiques (mars-avril 1897) on trouve un discours du célèbre physicien William Crookes, qui se demande quelles sont les limites de nos perceptions de l'univers par rapport à ce que nous sommes, et ce que serait le point de vue d'une civilisation d'êtres humains microscopiques. Un extrait qui répond à merveille à la fin de L'homme qui rétrécit et que j'ai trouvé intéressant de mettre en rapport avec cette histoire de Science Fiction.
Le voici donc cet homme minuscule, cet homunculus qui, puisque vous le voulez bien, va me servir à bâtir ma fable. Je ne puis actuellement le placer au milieu des jeux des molécules à cause de mon impuissance à imaginer ce milieu; mais je lui donnerai une taille si microscopique que les forces moléculaires que dans la vie ordinaire nous remarquons à peine - telles que la tension superficielle, la capillarité, les mouvements browniens - deviendront pour lui si évidentes et dominantes qu'il aura grand'peine à croire à l'universalité de la gravitation, que nous pouvons supposer lui avoir été révélée par nous ses créateurs.
La surface de la feuille de chou lui apparaît comme une plaine sans limites, d'une étendue de plusieurs milles carrés. Pour cette créature minuscule, la feuille est parsemée d'énormes globes brillants et transparents (les gouttes de rosée) qui restent immobiles et chacun de ces globes dépasse - relativement à sa propre taille - bien des fois en hauteur les grandes Pyramides. D'un de leurs côtés ils paraissent émettre une lumière brillante. Poussé par la curiosité, il approche et touche un des globes. Celui-ci résiste à sa pression comme une balle de caoutchouc, jusqu'à ce que le hasard fasse que la surface se brise : aussitôt il se sent saisi et, après avoir tourbillonné, il se trouve transporté quelque part et reste là en équilibre suspendu à la surface de la sphère, complètement incapable de se dégager. Au bout d'une heure ou deux, il s'aperçoit que le globe diminue, et finit par disparaître, le laissant libre de poursuivre ses explorations. Sortant de la feuille de chou, il erre sur la surface du sol, et le trouve terriblement rocheux et montagneux, jusqu'à ce qu'il voie devant lui une large surface composée de la même matière que celle qui formait les globes sur la feuille de chou. Mais au lieu de s'élever en l'air comme tout à l'heure, cette matière s'étale en pente et se creuse à partir de ses bords et finit par sembler prendre une surface horizontale bien que le grand éloignement empêche notre observateur d'être absolument fixé sur ce dernier point; supposons maintenant qu'il tient dans sa main un vase d'un volume qui, proportionné à sa taille, serait celui d'une pinte pour nous, et que par d'adroites manipulations il réussisse à le remplir d'eau. S'il renverse le vase il constate que le liquide ne s'en échappe pas, et ne peut en être chassé que par de violents chocs. Fatigué par les efforts qu'il a faits pour vider ce vase il s'assoit sur le rivage et s'amuse à jeter des pierres et d'autres objets dans l'eau. En règle générale, les pierres et les objets mouillés s'enfoncent, tandis que s'ils sont secs ils refusent obstinément d'aller au fond et flottent à la surface. Il essaie avec d'autres substances : une tige d'acier poli, un porte crayon en argent, un bout de fil de platine, une plume d'acier, objets deux ou trois fois plus denses que les pierres, et qui, cependant, refusent tous de s'enfoncer et flottent à la surface comme autant de morceaux de liège. Et si lui et ses amis viennent à bout de jeter dans l'eau une de ces énormes barres d'acier que nous appelons aiguilles, il se forme aussi autour d'elle une concavité de la surface et elle flotte tranquillement. Après ces observations et quelques autres encore, il fait des théories sur les propriétés de l'eau et des liquides en général. Conclura-t-il que les liquides tendent à se niveler : que leurs surfaces au repos sont horizontales, et que les corps solides quand ils sont placés dans un liquide, s'enfoncent ou flottent suivant leur plus ou moins grand poids spécifique? Non; il se croira autorisé à inférer que les liquides, au repos, prennent des formes sphériques ou du moins courbes, convexes ou concaves suivant des circonstances difficiles à déterminer, qu'ils ne peuvent être versés d'un vase dans un autre et qu'ils résistent à la force de gravitation qui n'est donc pas universelle; et que les corps, tels que ceux qu'il peut manipuler, refusent généralement de s'enfoncer dans les liquides, que leur poids spécifique soit faible ou considérable. De la façon dont se comporte un corps placé en contact avec une goutte de rosée il tirera même des raisons plausibles de douter de l'inertie de la matière.
C'est ce qui arriverait dans la chimie de ce petit peuple en supposant que cette science soit possible pour lui.



Je suis allé voir le film Je suis une légende. C’est
une adaptation du roman du même nom de Richard Matheson. Cet auteur est une grosse pointure de la science-fiction depuis les années 60 (dont les œuvres ont été souvent adaptées au cinéma, c'est
aussi l'auteur de Sf préféré de Stephen King), avec à son actif de nombreux récits dont quelques chef d’œuvres comme, justement, Je suis une légende ou L’homme qui rétrécit dont
l’adaptation cinématographique de1957 est très réussie. La fin est vertigineuse à plus d’un titre.
Et quant est-il de la version
2007 ? Hé bien cette fois c’est avec un Will Smith en sauveur du monde qu’on a affaire. Fidèle à la lignée des films catastrophes made in Hollywood, ce film est un pur produit de
l’oncle Sam qui cherche à se faire peur parce qu’il sait pertinemment - et dans le fond ça l’ennuie - qu’il est le plus fort.
suis une légende est lui dans un état franchement pas très drôle, sans parler des suceurs
de sangs luminophobes qui à la nuit tombée sortent des entrailles des tours de
La maquette est superbe, comme pour les quatre autres numéros dont
la qualité du contenu et des articles reste constante. A la fois intéressante pour les amateurs et pour les chercheurs plus sérieux, Anomalies était une revue agréable à l’œil et pleine
de références et de pistes pour les fouineurs comme moi. Il est franchement regrettable que cette revue ait vécu si peu.

J’ai trouvé ce pavé chez
Gibert Joseph à Saint Michel (Paris). Ils ont un rayon religions/ésotérisme/parapsychologie assez fourni, avec de nombreuses occasions (j'ai eu ce dico pour 15 euros, comme neuf). Il était à coté
de l’Encyclopédie du paranormal de Jean Pierre Girard, publié récemment (on dirait que c’est la mode des encyclopédies du paranormal en ce moment). Je n’ai pas hésité à choisir
le René Louis. En effet j’avais lu à propos du livre de Jean Pierre Girard quelques critiques qui m’avaient un peu refroidi (voir
Une bien curieuse photo lunaire: prise à contre jour, la
tenue de l'astronaute est pourtant parfaitement éclairée, tous les détails sont visibles. A l'arrière plan, pas d'étoiles dans l'espace...
Charles Fort c’est cet étrange personnage (popularisé en France par Louis Pauwels – un chapitre dans Le matin des magiciens
lui est entièrement consacré) qui passait ses journées à éplucher les archives des bibliothèques américaines dans le but d’y retrouver des faits étranges inexpliqués. Des pluies de grenouilles,
de poissons, des observation d’ovnis, des marques de ventouses géantes sur les montagnes, etc… Ignorés, mis de coté par la science, d’où les damnés du titre de son livre. Il a donc
compilé dans son ouvrage un grand nombre de ces cas extrêmement curieux.
Le livre est réédité
chez Joey Cornu. Pour plus d’infos, passer commande, et même télécharger gratuitement les trois premiers chapitres c’est par
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